Una furtiva lagrima

Femme nue en pleurs - Edvard Munch“C’est tellement mystérieux, le pays des larmes” écrivait Saint-Exupéry. Larmes de douleurs et d’impuissance, de remords, larmes d’abandon, larmes d’émotion aussi et d’un bonheur qui déborde. Aussi incontrôlables qu’un rire. Larmes d’enfant sur un visage d’incompréhension implorant l’aide, elles sont partout : sur le visage marmoréen d’un vieillard accompagnant sa compagne jusqu’à sa dernière demeure, ruisselantes sur les joues de la femme trahie et éconduite, silencieuses en l’homme perdant sa mère ou son ami. Prodigues ici, pudiques là, jubilatoires et généreuses quand elles vont exprimer quelque bonheur autrement inexprimable.

Madeleine pleurant - Jean-Jacques HennerElles sont « les pétales du cœur », devait avouer Paul Éluard : cette rosée de l’âme qui irrigue les émotions, les perles libératrices d’une gorge nouée et d’un ressenti qui ne parvient plus à sortir des tripes. Edmond Rostand reconnaissait que « les plus beaux yeux pour [lui] sont des yeux pleins de larmes ». Mais quel mystère, encore, que cette source inextinguible des émotions.

Les pleurs nous soulagent et nous trahissent aussi. Il n’y a pas plus belle larme que celle d’Adina révélant ainsi à Némorino son amour trop longtemps contenu. Una Furtiva lagrama consacre Elisir d’Amore1. L’opéra de Donizetti trouve là son apothéose par un simple larmoiement libérateur, un abandon des sentiments. Il faut redécouvrir cet air magnifiquement interprété ici par l’excellent ténor franco-sicilien et pourtant stupidement mal-aimé de la Scala, Roberto Alagna.

Una furtiva lacrima
Une larme furtive
Negli occhi suoi spunto.
Jaillit de son doux oeil
Quelle festose giovani
Elle semblait envier
Invidiar sembro
La jeunesse en fête
Che più cercando io vo ?
Que pourrais-je vouloir de plus ?
Che più cercando io vo ?
Que pourrais-je vouloir de plus ?

6ZIG1BA1M’ama, si m’ama, lo vedo,
Elle m’aime, oui, elle m’aime
Lo vedo !
Je le vois, je le vois.

Un solo istante il palpiti
Un seul moment pour entendre
Del suo bel cor sentir
Encore une palpitation de son corps
I miei sospir confondere
Pour entendre un de ses soupirs
Per poco a suoi sospir
Qui ressemble aux miens
I palpiti, i palpiti sentir
Son battement (de coeur), je sens son battement
Confondere i miei co’ suoi sospir.
Confondre son soupir avec le mien

Cielo, si può morir di più non chiedo
Ciel, je ne veux rien de plus que mourir maintenant (avec elle)
Cielo, si può si può morir di più non chiedo.
Ciel, je ne veux rien de plus que mourir maintenant
Non chiedo d’amor si può morir, Ah si !
Rien de plus que l’amour si je peux mourir maintenant, Oh oui !

Tout est dit, à la manière du lacrimosa d’un Requiem. La larme constitue l’ultime lâcher-prise, le plus émouvant et salvateur des abandons et des aveux.

Philippe Lachaise

(1) Elixir d’Amour, Gaetano Donizetti, 1832

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