Panem et circenses

Du pain et des jeux. Du pain et des jeux du cirque, serait même la traduction la plus judicieuse de « panem et circences », à laquelle nous pourrions plus que jamais ajouter malicieusement du pain et le cirque des jeux. Pour n’être pas un inconditionnel du sport en général et du football en particulier, nous n’en sommes pas moins les prisonniers captifs de son obsessionnelle présence dans la vie quotidienne, à commencer par l’univers audiovisuel. Qu’une chaîne d’information générale puisse revendiquer pouvoir consacrer une heure chaque soir au seul ballon rond, en plus des rubriques sportives qui viennent émailler ses créneaux en dit long sur l’importance que prend cette seule thématique dans l’actualité. Sensé rendre plus citoyen en 1998, le football se fait aujourd’hui vulgaire et vénal avec le Qatar ou Zlatan Ibrahimovic,  scélérat et délinquant avec Chuck Blazer ou Sepp Blatter.

le-sport-barbareIl serait intéressant à cet égard de relire l’ouvrage à charge que nous proposait Marc Perelman dès 2008. Dans « Le Sport Barbare »1, le chercheur et enseignant à l’Université de Paris X-Nanterre  dressait un implacable réquisitoire contre le sport de masse et ses laudateurs intellectuels « hypnotisés par les dieux du stades ». Pour l’universitaire, c’est bien le sport qui est aujourd’hui au service des médias, et non l’inverse, envahissant, étendant son emprise en bon « opium du peuple ».

Trouve-t-il au sport quelques circonstances atténuantes ? « Le sport ne permet pas de contenir la violence ou de la canaliser, comme le croient certains intellectuels bien naïfs mais, tout au contraire, il la crée, la génère, l’entretient et la diffuse partout ». Mais plus grave :  « Le sport lamine tout sur son passage et devient le seul projet d’une société sans projet. La nation, ce n’est plus un peuple mais une équipe ; ce n’est plus un territoire mais le stade ; ce n’est plus une langue mais les beuglements des supporteurs. »

Lui pour qui le sport est « l’un des grands systèmes totalitaires des temps modernes » doit particulièrement savourer l’actualité.

Philippe Lachaise

(1) Le Sport barbare, Ed. Michalon, 94 p., 12€

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