Accipe quam primum, brevis est occasio lucri

Passer à côté de sa vie, on en parlait hier. Il nous revient du fond des ans le poème de Baudelaire, immuable autant qu’implacable. Menaçant autant que terrifiant. Où les heures, les jours, les ans filent entre nos doigts. Temps sinistre qui efface ou nous donne l’illusion de l’oubli, qui panse les plaies autant qu’il nous offre le sentiment mensonger de l’éternité. Le temps nourrit nos fantômes, gave nos remords et arrose nos regrets. Il nous offre les lendemains comme des fuites, il masque le présent entre un passé enfoui et un futur qu’on laisse lascivement venir à soi comme une promesse pleine de surprises.

baudelaireLe temps, insidieux et pervers, transforme notre devenir en souvenirs comme nos espoirs en regrets. J’espère en demain et c’est déjà trop tard : il est devenu hier. On remet nos rêves à plus tard, par faiblesse ou lâcheté, pour n’en faire que des déserts mémoriels. Temps gâché, temps perdu. Temps mort. Anesthésiste de nos rêves, fossoyeur de nos utopies. On attend. On vieillit. On oublie. Temps jachère de nos idéaux, qu’on relègue à des jours meilleurs, s’en remettant au destin. Temps que l’on gâche aussi par dépit et par trop de renoncements, pour en avoir sa dose. Le temps nous fait oublier de vivre et c’est déjà demain. Et c’est déjà la fin.

« Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

Philippe Lachaise

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(*) « Agis de suite, les chances de réussite durent peu. »

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