Donner ce que l’on a, recevoir ce qu’on désire

Il ne me viendrait pas à l’idée de faire le procès de la psychanalyse en général et celui de Lacan en particulier ; je ne rêve pas plus d’en devenir le thuriféraire, laissant à d’autres le soin de trancher des questions qui me sont si étrangères. Un livre noir ici, une apologie là : le débat n’en finit pas de rebondit et d’agiter les esprits et nous connûmes de ses apôtres brillants éclairés comme complets allumés.

LacanC’est juste une phrase de Lacan, une simple petite phrase, qui attire ici mon attention, sans qu’il me soit possible de la dater : fut-elle proposée lorsque son auteur était encore très proche de Maurras et de l’Action française, ou plus tardivement lorsqu’il mit ses pas dans ceux de Freud (ou peu s’en faut, convenons-en).

«L’amour, c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas.»

Je l’imagine asséner telle violence à ses patients, brisés du cœur, anéantis des sentiments. Elle résonne, lugubre, emplie de nihilisme, désespérante à la première lecture, transformant des liens sacrés, magnifiques, en une vulgaire et désespérante imposture. Ainsi donc serions-nous le jeu d’un(e) déshérité(e) du cœur, tandis que nous même nous refuserions en réalité à accepter l’un des plus nobles sentiments. C’est qu’alors beaucoup s’effondrerait dans notre paradigme, dans nos espoirs incessants à recevoir, donner, partager enfin. C’est bien l’amour qui se définit ici comme « quelque chose qu’on n’a pas », c’est le même dont ne voudrait pas l’autre. Mais alors à quoi bon ?

amourFi des contes et légendes, d’Héloïse et Abélard comme de nos propres inclinations et ressentis. Le pincement du cœur qui nous rattrape au sortir d’un désert ? Cet(te) autre qui envahit l’espace, notre présent et notre devenir ? Balayés par Lacan. Cette fois du moins tant il proposa de regards contradictoires sur la question.

Sûrement signifiait-il que l’amour tend à l’absolu, à l’éternel, à l’omnipotence de l’autre et alors serions-nous rassurés : en effet, ce sentiment reste purement humain, même s’il peut nous transcender. Bien sûr, qui souhaiterait goûter à une sacralité bien particulière qui lui échapperait, à travers une seule rencontre faite d’âme, de passion, de chair et de sang ? Empreint malgré tout de romantisme, on peut imaginer encore donner et recevoir ce que l’on a et aspire à recevoir : Lacan n’aura pas ici raison de ce que l’autre me réserve et offre en partage.

Philippe Lachaise

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