De l’autre côté du miroir

Il faut savoir savourer ces moments précieux où l’on peut plonger dans les profondeurs interdites de l’autre, de cet autre si mystérieux, toujours autant magnétique et toutefois si inquiétant. L’autre, serait-ce d’abord l’énigmatique voisin, le collègue, l’étranger, ce double de moi-même, que des frontières imaginaires viendraient priver de son intensité et de sa profondeur ?

copinesL’autre reste plus certainement cette énigme qu’enveloppe le sexe d’en face, son aura, sa façon si lointaine à nos yeux d’aborder le monde, les ressentis et notre propre univers. La femme demeure un mystère pour l’homme, et ce dernier une bizarrerie pour la première. Certes, nous affirme-t-on, les uns viendraient de Mars et les autres de Vénus, ceux-là épandeurs à sperme à tous les vents, celles-ci incapables de lire une carte routière, figés chacun dans son monde de conquête ou de maternité. Bourrins là, ici louves avant tout, que tout sépare pour mieux séduire, happer et pourtant irriter d’autant d’incompréhensions. On en viendrait volontiers à concevoir deux mondes parallèles en permanente interpénétration1, se risquant à jamais au jeux interdits d’une fusion, aspirant à l’amour comme à un feu espéré promis à brûler ses victimes. Tellement indispensable et pourtant promis aux jets glaciaux des désillusions. Deux mondes rêvant d’amour toujours et encore, et pourtant éternellement insatisfaits de leurs mutuelles incapacités à se comprendre tout à fait. Qu’entend l’homme à l’impérieux désir que peut éprouver une femme de porter la vie subitement, avec ou sans lui ? Que comprend la femme aux batailles masculines de tout poil ?

copinsIl faudrait pour cela qu’il y eut une femme, un homme, porteurs à eux seuls des déterminismes qui les pousseraient à représenter leur gente, au point qu’on pourrait classifier définitivement leur conduite comme leur nature respectives. Partageant seul les agapes de quatre époustouflantes femmes qu’on aurait pu qualifier de « sexe opposé » (pourquoi ne pas utiliser les termes de complémentaire ou différent ?), j’eus l’heur de passer un instant privilégié, savoureux, où l’on finit par oublier son statut profane d’homme pour échanger entre femmes initiées aux analyses, commentaires, confidences sur les tribulations intimes de l’une ou l’autre, invité avec plaisir à ce que l’on pourrait qualifier une discussion « entre nanas ». On y apprend beaucoup, on parle un peu et l’on écoute bien davantage. On savoure à cet égard, la manière dont la parole circule, plus attentive à l’écoute de l’autre. Certes, affirme-t-on ici, « les femmes, elles, vont jusqu’au bout de ce qu’elles entreprennent ». On écoute pieusement cette affirmation, le regard consciencieusement rivé sur ses mocassins masculins, et il devient hasardeux, pour ne pas dire dangereux, d’affirmer que chaque être, au-delà de son genre, dispose de ses propres propensions. Et fort justement, s’offrent alors en partage la communauté des angoisses ou grands tracas de l’amour, la noblesse des aspirations devant les rendez-vous à venir comme devant celles des échecs désabusés. L’appréhension bien dissimulée de cet autre, le désir inextinguible de le trouver enfin et de se nourrir de bonheur.

Les mêmes sentiments, les communes quêtes nous liaient : mes amies finirent par oublier que j’étais un homme.

Philippe Lachaise

(1) Dans le plan, les parallèles ne se croisent jamais ; mais ce n’est plus le cas si l’on considère les parallèles en perspective centrale ou dans un autre espace géométrique.

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