Synchronicité

Hamid est un ami, bourru d’apparence, renfrogné certains matins et pourtant au cœur tendre, masquant sa profonde sensibilité sous le masque d’un cynisme feint. Sa Kabylie de cœur lui aura transmis ce goût pour la réserve et la dignité, un orgueil noble pour toute défense. Il abusera volontiers de la bêtise de ceux qui auraient le tort de le prendre pour plus imbécile qu’eux-mêmes, il s’en amusera même à satiété, arrosant avec délice les fats et les ignorants qui s’arrogeraient volontiers un peu vite talents et lauriers, arrogance et prétention.

scarabée_d'orC’est à lui que je dois pour ma part l’approche la plus fine de la synchronicité, un regard aiguisé sur l’œuvre de Jung1 et le monde troublant qui va jaillir un jour d’un scarabée d’or. Comment plusieurs faits en apparence distincts vont se conjuguer pour donner du sens à un événement, à un fragment de vie, à la simultanéité des deux états psychiques différents ? Par-delà les simples causalités, ou même les coïncidences, la synchronicité jungienne va voir se croiser des êtres en leur plus intime réalité. « J’entends par synchronicité les coïncidences, qui ne sont pas rares, d’états de fait subjectifs et objectifs qui ne peuvent être expliquées de façon causale, tout au moins à l’aide de nos moyens actuels », expliquait Jung, dans leur simultanéité de temps, et prenant un sens analogue.

00v/51/arve/G2035/036L’esprit cartésien ne peut considérer que comme un défi, ces surprenantes rencontres des faits et des psychismes, comme à devoir bâtir un échafaudage pour chaque fois tenter d’expliquer concomitances et hasards en rafales. Il s’évertuera, car c’est son rôle, à réduire en équations et en probabilités incertaines des évènements qui échappent à la rationalité sûrement, à nos trois primaires dimensions peut-être, et qui portant vont avec fracas signifier quelque chose de nouveau et de cohérent. Jung percevait et pressentait ici l’insondable, les rivages d’un monde qui échappe à notre perception comme à notre entendement et qui défie notre perception du monde et des autres. A l’image du savoir absolu, que recèle notre inconscient, le « tout psycho-physique ». « Il n’y a pas de hasard », assèneront les bigots d’un simple déterminisme aussi peu concevable que l’amoncellement de faits dissociés prenant brutalement sens. Quelque part au cœur de cet éternel débat, Jung nous entraîne sur une approche autrement plus subtile, plus mystérieuse aussi. Qui fait sourire et éclairer le regard des sages discrets comme Hamid.

Philippe Lachaise

(1) Carl Gustav Jung, Synchronicité et Paracelsica, Paris, Albin Michel, coll. « Œuvres inédites de C. G. Jung »,‎ (« La synchronicité, principe de relations acausales » (1952) ; « Sur la synchronicité » (1951) ; « Une expérience astrologique » (1958) ; « Lettres sur la synchronicité » (1950-1955))

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