Nourrissons le grain de folie qui est en nous

Je disais juste auparavant que perdre le sens de la vie ou y renoncer revenait à abandonner les significations ultimes qui confèrent à l’homme ce supplément d’âme le plaçant au dessus de l’animalité : l’amour, l’altérité et la notion du sacré. Les négliger, les abandonner, les trahir, y renoncer seulement, reviendrait à s’imposer une vie sans conscience de la finalité de l’existence, ni de buts élevant l’homme à un rang supérieur à la seul bête non pensante, se reproduisant sans objet et n’ayant ainsi plus rien à transmettre que la volonté animale de survie et de reproduction. Qui sera à son tour héritée et reproduite sans plus d’intelligence. L’homme mérite bien entendu meilleur destin et sa descendance davantage encore : rêve-t-on de donner pour seul modèle ce type de regard, ou préfère-t-on les fulgurances d’Einstein ou de Sœur Theresa ? Veut-on vivre en animal transmetteur de vie, où en homme pourvoyeur d’intelligence et d’esprit ? Où borne-t-on ses propres limites, ses insuffisances et ses lâchetés au regard de soi-même et de sa propre descendance ?

Certainement dans le grain de folie qui peut nous manquer à chaque étape de notre vie. Quand la chair se fait lâche, l’esprit finit parfois par le devenir tout autant. Notre vigilance et notre esprit s’assouplissent, se vautrent parfois même dans trop d’indulgence et de laisser-aller, de soumission et de pure trahison à ce que nous sommes. Que transmettre alors sinon ces lâchetés là pour seul modèle ?

comprendre-les-relations-humainesIl nous faudrait ne pas renoncer à notre grain de folie. Celui qui nous faisait espérer hier, rêver jadis. Parce qu’il est celui de l’amour, de l’altérité et dans une certaine mesure du sacré. Il faudrait préserver ce grain de folie, car il demeure l’expression de notre âme profonde, de notre intégrité et de ce qui est le plus précieux en nous. Il faudrait préserver ce grain de folie, car il incarne au mieux notre esprit comme notre idéal, notre capacité à nous émerveiller, à nous révolter aussi, à nous fâcher comme à aimer, à rêver enfin. Il faudrait préserver notre grain de folie, car il est le témoignage de notre audace, de ce qu’il reste de notre pureté. De ce que nous avons de mieux à donner et à nous offrir aussi.

Il faudrait préserver notre grain de folie pour oser, pour construire, pour affronter l’autre et le monde. Ce grain de folie, il conviendrait de le nourrir et l’entretenir, tel qu’en nos quinze ans, l’expérience et la maturité aidant, mais sans le sacrifier, pour penser encore, et rêver, et encore croire toujours.

Car on ne vit pas, on ne rêve pas, on ne construit pas, on perd toute audace et espoir enfin, quand on tue ce brin de folie en soi. Si l’on ne rêve plus qu’en noir et blanc, si l’on ne pense plus qu’en mesquines obligations, voire parfois en sacrifices exclusifs… si l’on balaye les rêves, et l’amour, et les espoirs et quelques utopies, alors le grain de folie s’est évanoui. La bière est ouverte et la tombe est prête. La flamme ne brille plus. On a perdu le sens, on a perdu l’espoir : il n’y a plus rien à vivre ni même à transmettre.

Derrière les apparences parfois…

Nous avons tous besoin de ce grain de folie pour vivre, aimer, espérer, avancer, donner aux autres et transmettre. Faute de quoi nous rejoignons les morts vivants, ceux qui ont oublié de vivre et d’aimer, d’avancer et de donner. Préférons ce grain de folie là à l’odeur mortuaire de la résignation : car cette résignation, c’est le signe qu’on a abandonné, qu’on est devenu vieux, à quarante ou quatre-vingts ans, et qu’on attend la mort en n’ayant plus rien à partager ou à donner d’autre.

Philippe Lachaise

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