Les plaies de l’âme sous les semelles

On ne laisse pas ses plaies de l’âme sous les semelles de ses souliers comme on confierait à la distance le soin de soulager les cicatrices. Prendre un train, un avion, partir, voler, pour faire semblant d’oublier et retrouver le souvenir d’oubli qui vous surprend au détour d’un visage ou au coin d’une évocation. C’est l’assurance d’une lame qui vient fendre brutalement la tripe, d’un tournis qui vous vrille l’âme ou d’un mal-être qui vous enserre.

Harry Dean Stanton dans Paris Texax
Harry Dean Stanton dans Paris Texas

Les rails n’éloignent pas d’un tourment : ils isolent un peu davantage, piègent le cœur, séparent des mains et des attentions familières, des regards qui entendent les douleurs en silence. Les rails projettent à l’infini un horizon qui n’a plus de raison ni de prénom.

Partir alors, partir ainsi, ce n’est plus voyager comme Cendrars, c’est errer comme un chien sans niche ni collier. C’est marcher pour ne pas tomber, compter les matins et subir dans le silence les longues nuits. Supporter les jours et les rails encore. Penser à ses plaies de l’âme sous les semelles et se dire que, définitivement, on ne peut pas les abandonner sur le chemin ni les oublier comme on disperse un ou deux bijoux vidés de leur sens.

Philippe Lachaise.

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