Pitiés dangereuses

Ai-je pu déjà éprouver de la pitié pour quelqu’un un jour ? Oui, peut-être, et je le regrette. Car la pitié est une posture infâme, faite de commisération condescendante face aux faiblesses de l’autre. Qui serais-je pour trouver le destin d’autrui si indigne ou pitoyable ? Qui serais-je pour m’apitoyer un instant sur les infamies qui frappe mon prochain ? Définitivement, la pitié m’est insupportable, pour avilir l’autre sans se sublimer soi.

empathieA la pitié on préfèrera l’empathie ou la compassion. L’empathie et la compassion engagent le cœur, démarche autrement plus constructive reposant étymologiquement sur le fait qu’on « souffre avec » l’autre et que l’on partage son destin. Le témoin se fait acteur et je fais mien un instant le poids de tes fardeaux. Là où la pitié est une offrande à celui qui est à terre, l’empathie est le partage d’un moment, une communion fraternelle et un authentique acte d’amour, de partage, d’écoute, d’aide. L’empathie est la pratique de l’altérité, sa réalisation concrète. Elle n’exige rien a priori sinon que l’autre ne soit parfaitement hostile aux principes d’humanité, ou qu’il ait rejeté notre propre amour, autant de facteurs excluant toute réciprocité.

Je m’interdis la pitié, puisqu’elle avilie celui qui n’en a déjà pas besoin. Je ne peux m’empêcher l’empathie, la compassion, sauf à ceux qui refuseraient formellement mes propres sentiments et ma force, puisque notre destin ici est bien de nous aimer et de construire.

Philippe Lachaise

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Un commentaire

  1. Effectivement cher Monsieur, la compassion est une vertu morale que la religion chrétienne pose comme fondement de tout projet humain. Car la compassion c’est la capacité à souffrir avec autrui même lorsque soi même on ne ressent aucune douleur. C’est la conscience d’autrui, l’absence d’égoïsme, une vertu cardinale. La compassion est un choix et c’est ce qui la differencierait de la pitié, elle serait considérée comme un sentiment, un affect.
    Prenons Rousseau par exemple, il considérait que la pitié était un sentiment naturel que les hommes et les animaux ont en commun. Beaucoup de phylosophes ont parlé de pitié naturelle… Elle serait pour certains l’une de nos faiblesses (Seneque) pour d’autre une force ( rousseau ) pour beaucoup de phylosophes sans la pitié aucune société n’aurait pu se construire.
    Tout cela renvoie à un pan d’histoire phylosophique lorsque l’on considérait qu’il existait un droit naturel » distinct du « droit social ».
    Je finirai sur l’empathie qui serait plutôt la capacité à se mettre à la place d’autrui. Il ne s’agit pas uniquement de ressentir ou de partager mais bel et bien de s’imaginer, de se projeter dans la vie de l’autre afin de mesurer le vécue d’autrui en fonction d’autrui et non pas son propre jugement.
    Pour une approche plus psychanalytique ou l’on tenterait de voir l’autre comme autre dans sa vérité à lui.
    Suspendons temporairement notre jugement personnel afin de mieux s’identifier à l’autre.

    Je dirai que l’empathie appartient plus certainement au domaine de la psychologie appliquée qu à celui de la morale ou de la nature humaine.
    AIMONS-NOUS…

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