Sommes-nous animal ou cœur ?

Qu’est-ce qui, au final, guide nos actions et inspire nos choix ? Rarement la seule intuition, souvent une longue réflexion, le fruit de notre éducation, notre culture et bien sûr, ce qui conditionne nos besoins et nos envies les plus profonds. Intimement, nous devons rêver davantage d’un grand appartement ou bien de vivre vraiment en profondeur.

amourSelon notre degré d’éveil, nous pensons mourir un jour en laissant le bilan d’une vie authentique et profonde, ou bien nous survivons au quotidien, parce qu’il nous reste de manière reptilienne cette part d’animalité, le souci plus primaire de penser à notre canapé avant de songer à notre cœur. C’est bien l’éternelle question de l’avoir et de l’être dont il est question ici. Conduit-on sa vie en posant pour principe que l’avoir demeure un simple moyen au service de l’être, ou bien asservissons-nous notre être sous le joug de l’avoir qui bientôt, obère notre liberté, fausse nos choix ? Oublie-t-on de vivre, et d’être tels que nous devrions choisir de le faire, asservis par l’avoir, esclaves aussi soumis et consentants qu’impuissants ? A quel moment l’homme renonce-t-il à l’être sur l’autel de l’avoir, quand abdique-t-il sa liberté et sa vie pour des raisons qui lui semblent si déterminantes au présent, et qui ruineront son bilan à l’heure de la mort, au moment des regrets et des remords ?

animal2Ce suicide doux et lent reste pour moi un mystère, quand un tel renoncement à soi-même est au sacrifice ce que la prostitution est à l’amour. Renoncerions-nous à faire l’amour à l’être que l’on aime pour penser à lui dans les bras de celui qu’on n’aime pas ? Vivre d’abord pour l’avoir ressemble un peu à cela. Où l’on renonce à être soi, à vivre vraiment. Où l’on laisse filer sa vie pour la mettre dans les parenthèses d’un choix qui salit les rêves et ce que l’on porte de plus sacré en soi : sa vie. La matérialité est nécessaire, les contingences ne sont jamais à négliger, mais dans l’échelle de ce qui doit inspirer nos pas, le matériel constitue le barreau le moins élevé. L’amour, l’esprit, la spiritualité lui sont supérieurs et s’appuient sur lui. Il aide peut-être à les atteindre, comme des objectifs nobles. Ainsi, on ne peut sacrifier la fin pour privilégier les moyens, sauf à imaginer l’homme comme un canard sans tête, marchant toujours en vain. C’est ce qui fonde l’évolution de notre espèce, où ces valeurs nous distinguent de l’animalité, où l’intelligence, l’amour nous distinguent des bêtes.

« Seul l’amour peut garder quelqu’un vivant » écrivait Oscar Wilde. Ne plus penser à l’essentiel, renoncer à l’accomplir vraiment, ce n’est plus vivre, c’est survivre en attendant la mort, et redevenir animal dans son terrier.

Philippe Lachaise

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2 commentaires

  1. « Renoncerions-nous à faire l’amour à l’être que l’on aime pour penser à lui dans les bras de celui qu’on n’aime pas ? ». Mais bien sûr, monsieur ! Ca existe helas. C’est même le meilleur exemple de ce que vous appelez notre « animalité ». Bravo pour cette analyse !

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  2. et si nous étions animal et coeur ?
    et que cela n’ait strictement rien à voir (avoir ?) avec l’avoir ou l’être ? 😉

    ou, en d’autres termes, si vivre, de façon authentique et profonde, c’était précisément, vivre comme chaque être vivant, animal ou plante, qui vient de qq part et qui y retournera de toutes les façons (à la terre ou au feu ou à l’eau ou au vent) ; soit, en lien avec une humilité profonde ?

    et si l’animal lui même, loin de Descartes, était lui aussi doté d’un coeur, de sensibilité et d’émotions, d’une façon bien plus humaine parfois que certains de nos congénères ?

    « Qu’est-ce qui, au final, guide nos actions et inspire nos choix ? Rarement la seule intuition, souvent une longue réflexion, le fruit de notre éducation, notre culture et bien sûr, ce qui conditionne nos besoins et nos envies les plus profonds »

    toujours l’intuition en ce qui me concerne, rarement les longues réflexions, précisément parce que ce qui guide mes actions et choix, du moins je l’espère, en général, vient du plus profond et du plus sincère de l’être, en somme de l’évidence qui se manifeste, et que par conséquent la réflexion y est souvent inutile (l’intuition venant selon moi du coeur)
    l’intuition comme l’imagination (je vous renvoie à kant, en exergue de votre site ;-)) sont d’ailleurs de formidables d »outils de connaissance ;-))

    mais je reconnais aussi que cela provient sans doute du « fruit de mon éducation », comme de ma « culture » ;-))

    « Selon notre degré d’éveil, nous pensons mourir un jour en laissant le bilan d’une vie authentique et profonde »
    et si être éveillé, c’était vivre simplement de façon authentique et profonde ?
    l’heure de la mort est elle nécessairement celle des bilans ? n’est ce pas trop tard, voire totalement inutile et vain ?
    et si vivre, c’était faire le bilan régulièrement, pour revenir à l’authentique et à la profondeur, si jamais nous jugeons nous mêmes nous en être écartés ?

    « Renoncerions-nous à faire l’amour à l’être que l’on aime pour penser à lui dans les bras de celui qu’on n’aime pas ?  »

    sans y renoncer, parfois, nous ne pouvons faire l’amour avec celui que l’on aime, pour des raisons qui ne dépendent pas de nous mêmes ;-))
    « il n’y a pas d’amour heureux » rappeliez vous, vous même, il y a peu ;-))

    et si « faire l’amour », pour vous qui aimez les mots, n’avait précisément rien à voir (rien avoir ? ;-)) avec l’amour ? 😉

    et si faire l’amour avec une personne que l’on n’aime pas, dans l’intimité de nos émotions et pensées, toujours secrètes, parce qu’indicibles, quelles que soient leur orientations, était précisément le fruit d’une immense liberté, choisie et assumée ; et si c’était, accepter la beauté et la légèreté de la vie, loin des sentiments parfois lourds ou qui emprisonnent ; soit, la vie même ? ;-))
    et si ne faire l’amour qu’avec celui ou ceux que l’on aime, c’était peut être renoncer à une forme de vie pleine et entière, dans toutes ses dimensions et complexités, loin de la liberté et de la spontanéité parfois ?
    et si l’amour, le sentiment, rarement heureux au final, loin des idées reçues et conventionnelles, représentaient, en certains domaines, l’une des plus sûres entraves à l’exercice de notre liberté, fondamentale, nécessaire, à la base de tous nos choix, décisions et actions ?

    « à l’heure de la mort, au moment des regrets et des remords ? »
    pourquoi des regrets et des remords, au moment de mourir ?
    ceux ci ne se doivent ils pas de surgir au moment de la vie, pour éventuellement les combattre ou les convertir, si jamais ils existent ?
    et finalement, remords et regrets peuvent ils vraiment exister, si nous savons décider de nos choix et de nos actions de façon authentique et sincère ?
    quant à l’heure de la mort, pourquoi ne serait elle pas l’heure « où nous n’avons plus besoin de regarder dans le rétroviseur », comme vous en parliez dernièrement ? ne serait elle pas, plutôt que l’heure des bilans, celle d’une grande et nouvelle liberté, en direction du chemin qu se profile devant, infini ou néant, dans tous les cas mystérieux et attrayant, inconnaissable de notre vivant, autrement que par l »intuition ou l’imagination ? 😉

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