À ceux qui nous laissent seuls

Je pense à Guillaume, à notre amitié complice de gamins, à son tempérament farceur, à son regard rieur. Guillaume jouant au frisbee avec les 45 tours de Joe Dassin, exaspérant en diable dans nos virées pour sa grand-tante qui l’adorait tant mais se désespérant de ses diableries d’enfant. Guillaume luttant contre le crabe impitoyable qui lui comprimait le cerveau avant d’être appelé sous d’autres cieux tandis que nous fêtions tous notre bac et nos dix-huit printemps.

plage Je pense à Arnaud, mon ami de collège, torturé par son adolescence et une maladie qu’on lui expliquait dévolue aux jeunes femmes. Arnaud se détruisant à petit feu à la recherche de la maigreur extrême, s’éteignant dans un hôpital de province avant que nous partions lui rendre un ultime hommage à Houlgate. Je pense aussi à la digne détresse de ses parents, que je visitais parfois encore dans leur petite charcuterie du 19ème arrondissement.

Je pense à Jean-Alain, à nos échanges philosophiques en Terminale, à nos périples pour interviewer le Gotha parisien. Et à son ultime mot d’esprit inscrit à la craie sur le tableau vert de notre classe du lycée Arago : « quand Bergson le glas ». Je pense encore n’avoir pas compris son extrême mal de vivre et sa déréliction profonde, qui le conduiront à serrer son ceinturon autour du cou. Je suis retourné à sa rencontre, à Déville les Rouen, là où il repose, sans obtenir de réponse.

Je pense à Isabelle, à sa façon bien à elle d’interpeler les autres, de rire, de virevolter. A la cadette d’une famille qui me reste chère, poussant la recherche du plaisir et de l’évasion sur des chemins que nous n’imaginions pas. A la dose fatale qui nous sépare à jamais de sa bonne humeur et de sa tendresse pudique.

neardeathexperience-300x300Je pense à ma cousine Nathalie, trop impétueuse, bravant les éléments et glissant de sa planche à voile dans l’eau glacée de Bretagne alors que sa fille de trois mois l’attendait sur la terre ferme.

Que seraient-ils devenus, s’ils avaient choisi de continuer leur route à nos côtés ou si le destin n’avait pas été aussi impitoyable pour eux et pour leurs proches ? Jean-Alain, Guillaume et Nathalie nous quittèrent autour d’un même été, comme celui qui nous berce à présent. Il faisait froid quand Isabelle et Arnaud disparurent, c’est du moins la sensation qui me reste de ces moments où l’on vient vous annoncer la terrible nouvelle, et qu’un long frisson vous déchire le corps entier.

Ils auront sûrement été accueilli par une lumière chaude et rassurante, et auront ressenti enfin une sérénité qui leur manquait parfois. Mais ils nous manquent toujours malgré les années et s’invitent encore dans notre thébaïde.

Philippe Lachaise

PS : Une pensée pour Nadia. Synchronicité étonnante sur cette thématique…

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