Un atomixaire pour un anniversaire

L’homme aime à se retourner pour contempler sa route, juger du parcours accompli, mieux s’orienter dans l’espace. S’il n’est pas trop sot ou un peu sage, il s’accorde ces temps pour dresser le bilan temporaire de son parcours, et constater si sa vie a encore le sens qu’il entendait lui donner, voir si le chemin le mène à bon port ou s’il s’égare complètement.

chemin parcouruNoël et la Saint-Sylvestre offrent leur lot de remises en question comme de bonnes déterminations. Aux bon vœux souhaités comme par réflexe succèdent les résolutions. Bien sûr, c’est un 1er janvier qu’on arrêtera la nicotine, qu’on renoncera à cent défauts véniels, qu’on se décidera enfin à entreprendre mille tâches laissées en jachère. Pourquoi choisir telle échéance, là où la volonté dicterait de se mettre en mouvement à tout moment ? C’est peut-être qu’on aime les dates butoirs, celles qui marquent et sont supposées nous engager. Le régime indispensable attendra bien la dinde aux marrons, les chocolats à foison. L’inscription à la salle de sports sera plus indiquée encore passées les bombances du nouvel an. Ces échéances permettent surtout, n’en doutons pas, de reporter à l’année suivante les plus louables intentions. Et de soulager notre mauvaise conscience.

L’anniversaire aussi, et surtout s’il revêt une portée plus symbolique (« je fête mes trente ans », « j’entre dans ma cinquantième année »), sonne le temps des bilans, marque le temps qui passe, pointe les fautes commises, les occasions perdues, relève avec davantage d’intensité les errements, le temps perdu et qu’on ne rattrapera jamais. L’Horloge de Baudelaire nous rappelle à la clepsydre qui se vide, aux années qui passent, aux heures perdues à ne rien faire ou à espérer un futur qui n’arrivera jamais. L’anniversaire, hors son côté festif, reste le témoin vigilant et sourcilleux de ce que nous n’avons pas su faire, de ce qu’il nous reste à accomplir, et de nos vaines illusions. Aux résolutions des banquets d’un début d’année répondent les amertumes et les regrets d’une autre année passée, les espoirs d’une autre à venir si la vie nous laisse la possibilité de n’en pas douter trop ou définitivement plus.

Que voudrais-tu pour ton anniversaire ? Boris Vian aurait chanté 1 :

1FK-2579-F1955-2 Boris Vian / Foto Vian, Boris, franz.Schriftsteller, Ville d'Avray 10.3.1920 - Paris 23.6. 1959. - Boris Vian mit Taschentrompete bei einem Konzert. - Foto, undatiert.
Boris Vian

Un frigidaire
Un joli scooter
Un atomixaire
Et du Dunlopillo
Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pelle à gâteaux

Une tourniquette
Pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs

Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux

«… et nous serons heureux », finissait-il par conclure avec ironie. C’est que nous n’avons finalement que faire d’un billet pour les Baléares, d’une nouvelle cravate ou d’un charmant bustier, si derrière, l’essentiel n’est pas au rendez-vous ni aux croisements de nos étapes.

Les anniversaires et le nouvel an sont les marqueurs de notre conscience, de nos échecs comme de nos victoires. Les moments où l’on se retourne pour mieux se lamenter en soufflant seul ses bougies ou se réjouir du parcours accompli, pour poursuivre aussi son périple en sachant mieux où nos pas doivent nous entraîner. La vie est furtive, faite de quelques anniversaires seulement, et de quelques réveillons qui doivent marquer notre bonheur et ces sentiments qui nous aident à vivre vraiment.

Philippe Lachaise

 

(1) La Complainte du progrès

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