Une seule route vers le bonheur : renoncer à ce qui ne dépend pas de notre volonté

« Il n’y a qu’une route vers le bonheur … c’est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté ». Le philosophe stoïcien Epictète1 résumait de manière simple et efficace une idée essentielle et pourtant peu de mise, dans une civilisation où il faut gagner, se battre et vaincre à tout prix. Tout est presque dit ici : quand ce qui nous est le plus cher ou essentiel ne dépend pas de l’exercice de notre volonté, mais soumis à d’autres forces, plus hostiles, contraires, ou incertaines, à la seule volonté des autres, alors, le renoncement reste la voie non désirée mais nécessaire. Nulle fuite dans cette réalité : renoncer, c’est reconnaître n’avoir aucun pouvoir sur les événements qui nous concernent le plus et accepter l’inanité d’une situation dans laquelle nous n’avons aucune prise, aucun pouvoir pour influer les choix, l’orientation que nous entendons donner à notre vie. Otage de ses rêves, prisonnier de ses sentiments, totalement impuissant. Et pourtant, l’idée de renoncement peut s’imposer, non comme une faiblesse, mais comme une force liée à la liberté.

imagesDans un film, il me semble que ce devait être dans « Non ma fille, tu n’iras pas danser », l’actrice va un peu plus loin encore et nous livre au détours d’un dialogue : « Le plus important dans la vie, c’est ce à quoi on peut renoncer ». Car il n’est de renoncement que lorsque on doit abandonner ce qui nous est le plus précieux. Et pour renoncer à cela, il faut y être souvent obligé par un autre qui nie ce qui est important pour nous.

C’est ici que s’inscrit une liberté cruelle, qui veut qu’on renonce à ce qui nous est le plus essentiel dans la douleur, pour se satisfaire de la seule quiétude et de la sérénité qu’une telle décision engendre, mais qui nous prive de ce que nous sommes intimement. Cruelle liberté, donc car aussi fausse qu’apparente, où cette liberté ne vaut que par le sacrifice consenti.

Le renoncement, c’est l’acceptation que ce qui nous est le plus cher, le plus essentiel, doit être sacrifié pour une valeur plus essentielle encore qui nous dépasse. Ou par manque de courage. Ou par épuisement. Il n’est pas question ici d’exercer seulement sa volonté. Mais d’abandonner une part de soi, la plus essentielle, sans avoir le détachement des grands sages.

partirHermann Hesse faisait dire à Siddhartha : « Quand le moi sous toutes ses formes sera vaincu et mort, quand toutes les passions et toutes les tentations qui viennent du cœur se seront tues, alors se produira le grand prodige, le réveil de l’Etre intérieur et mystérieux qui vit en moi et qui ne sera plus moi ». Ce renoncement ultime, c’est la fin de notre ego et de nombreuses souffrances mais il demeure le propre des plus grands sages.

Il nous faut nous, souvent, renoncer à moindre niveau pour trouver, dans la douleur, une sérénité aussi inutile que futile, pour avoir perdu ce qui nous était le plus cher.

Philippe Lachaise

(1) Epictète : 50-125 ap. JC

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