Revanches amères

La lecture de mon quotidien favori dans son édition datée de ce jour n’aura pas tardé à m’offrir un sujet de réflexion. Sur cinq colonnes s’étale la photo d’un ancien président de la République, bardée du titre « Sarkozy, l’obsession de la revanche ». Le destin de l’homme politique ne m’intéresse pas ici sur le fond, quand je me suis davantage senti interpelé par le « racolage philosophique«  d’un tel libellé.

revanche Qu’un désir de revanche soit obsessionnel, rien de plus naturel et cette soif constitue souvent un moteur suffisant pour qu’un homme aille déplacer des montagnes. On aurait préféré voir son semblable motivé par une énergie plus positive, l’agapè par exemple, l’amour pour une femme, un homme, ou le don de soi à de nobles causes. Mais il arrive parfois qu’une pulsion plus négative et narcissique occupe tout l’espace.

La revanche peut constituer une simple seconde chance, de la partie de belotte perdue au désir de réparer un échec. Elle devient plus brutale et moins positive parfois quand elle vise à réparer un affront, se nourrissant davantage des amertumes du passé cent fois ressassées que d’une résolution à écrire de plus belles pages dans sa vie. Une telle démarche aura peu de chances d’aboutir et « celui qui recherche la vengeance devrait commencer… par creuser deux tombes »1. C’est en résumé ce qu’écrivait Charles Dollfus2 : « Un homme qui ne se sent pas estimé à sa valeur est bien près de s’estimer trop. Le désir de justice fait qu’il s’accorde ce qu’on lui refuse, et qu’il pousse souvent sa revanche trop loin ».

vengeanceQuand le tout à l’égo l’emporte et brouille l’esprit critique, l’altérité et l’idée de construire en regardant l’avenir, la revanche se fait insidieusement vengeance. L’œil pour œil, dent pour dent n’a jamais constitué un programme de vie très épanouissant, l’idée de se faire justice pour un affront ou un mal supposé est bien entendu naturel, si son intensité et sa durée restent raisonnables. L’oubli souvent, le pardon (per donare, donner) aussi sont des issues qui pour sembler naïves n’en sont pas moins nobles et constructives, à commencer pour celui qui se veut ou croit victime. Et à moins de reconquérir la situation ou le prestige que l’on pense avoir injustement perdu, la forme bourgeoise et apaisée qu’est la Justice des hommes vaut mieux que haines et ressentiments.

On pourrait facilement intervertir les mots vengeance et revanche dans certains cas, et faire sienne la pensée de Francis Becon : « En prenant sa revanche, un homme devient égal à son ennemi, mais en s’abstenant de la prendre, il lui devient supérieur ».

Philippe Lachaise

(1) Confucius
(2) Charles Dollfus, De la Nature humaine (1868)

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