Acta est fabula

Il est toujours plaisant voire instructif de voir s’agiter les gens de peu, les gens de rien, les pauvres authentiques, ceux qui, ayant oublié qu’ils vont mourir un jour, ne pensent pas à vivre. Ils sont partout, envahissants et importants, emprunts de fatuité, brassant l’air et les ersatz d’idées, tentant bravaches de signifier leur grandeur pour mieux masquer la vacuité de leur pensée. Ils ne sont en réalité rien, petits marquis en carton et fausses duchesses, posés sur leurs ergots, c’est bien pour cela qu’ils dépensent autant d’énergie à prétendre être quelque chose.

On peut les croiser partout, bardés de certitudes et surtout convaincus de leur supériorité. Leur titre et leur carte de visite constituent leur richesse, avec leur image si précieuse pour seul viatique à prétendre à l’intelligence. Ils y croient, ils s’agitent, s’époumonent, imposent des jeux de claquettes improbables. Ils sont les clowns pathétiques de leur numéro que personne ne regarde plus, les spectateurs ayant choisi de fuir la piste ou de feindre l’extase pour gagner une once de quiétude.

acta est fabula
La pièce est terminée, applaudissez citoyens

Les « importants » sont ainsi, bravant le ridicule, échappant à leur miroir, traversant la vie pour ne pas la comprendre, peu soucieux de la bien remplir et inconscients de son échéance. J’éprouve une certaine tendresse à leur égard : à trop vouloir chercher frénétiquement la reconnaissance des autres, à trop quêter l’admiration de tous, on perçoit bien qu’ils ne s’aiment pas, on devine leur fuite éperdue et la ruine derrière les apparences. Leur richesse étalée ou leur grandeur proclamée signe l’aveu de leur pauvreté. Je les aime finalement en humanité, ces hommes, ces femmes, qui seuls le soir, renoncent à leurs masques, à leurs costumes, à leurs tailleurs, et éprouvent dans la solitude le désert de leur impasse. Nus, et seuls enfin faces à eux-mêmes et à leur inconséquence, loin de la scène.

Au moment de mourir, l’empereur Auguste1 souffla : « acta est fabula » (la pièce, la comédie, la farce est terminée). C’est ainsi aussi que s’achevaient les représentations théâtrales dans la Rome antique. Il faut avoir compris qu’un jour la comédie a un terme pour ne pas, précieux et ridicule, la jouer chaque jour, et préférer vivre vraiment. J’aime la sagesse des anciens, elle me permet de sourire des fats et des gonadoclastes2.

Philippe Lachaise

(1) 23 septembre 63 av. J-C – 19 août 14 ap. J-C
(2) On me souffle « une pensée pour le sage Hervé ». Dont acte, en effet…

[wpsr_socialbts]

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s