Le regard d’Adèle in Adèle H

On se fichera bien aujourd’hui que ses yeux fussent verts ou bleus, ou bien noirs encore. On sera sensible sûrement à leurs arrondis, à leur forme en amende. On scrutera sûrement un léger clignement de sourcil, un léger froissement, une évanescence un moment, un oubli lointain, là-bas, dans de mystérieuses pensées. L’œil est beau et parfois sévère pour juger Caïn depuis la tombe. Il est surtout une porte ouverte sur notre âme, le confident de nos pensées et de nos émotions, celui qui nous trahit et nous délivre. Il n’est pas un organe, il est le regard.

Le regard d'Adèle in Adèle H (I. Adjani)
Le regard d’Adèle in Adèle H (I. Adjani)

Regard de colère et de menace, regard d’impuissance et de faiblesse, il laisse tout transparaître de nos émotions. Une simple pupille donnera la chair de poule ou suscitera l’empathie. Cette petite sphère humide placée entre notre intimité et les autres transmet à notre corps défendant cent idées et mille mots à quelque autre regard prompt à vouloir les capter pour les décrypter. Alchimie du corps humain, magie de nos êtres qui décèlent là ce que leur esprit n’aura pas encore compris ni formulé.
C’est le regard en premier qui va magnétiser sans qu’on sache pourquoi, trouvant dans celui de l’autre un échange que ni l’un ni l’autre comprendra encore (« ça nous tombe dessus »). Et pourtant, c’est lui qui les unira en premier, les retiendra, et sûrement leur fera comprendre ce qu’ils mettront bien du temps à réaliser ensuite. C’est lui aussi qui, moment rare et précieux, les fera un peu tituber, vriller des tripes et voir leur cœur s’emballer. C’est que le regard se veut l’agent des choses qui échappent au conscient, certain que l’amour relève plus de la magie et de l’inconscient. Dans ces regards unis se confondent certainement la promesse d’une aube et le rêve d’un lendemain partagé, probablement aussi mille autres messages où l’on sait déjà que l’on pourrait s’aimer. C’est bien rare bien sûr, et quand cela arrive, on s’en rend forcément compte.
Se regarder ainsi, c’est déjà se connaître sans le savoir. Le regard, c’est un miroir sans tain, un aveu sans précaution, un « risque » à la René Char1.

Philippe Lachaise

(1) “Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.”
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