Tics en stock

On les croise à la moindre conversation, ils égayent nos échanges pour parfois nous agacer tout à fait. Ils s’immiscent imperceptiblement pour se faire un jour complètement envahissant au point d’annihiler totalement la communication de celui qui en sera la première victime : l’émetteur des tics de langages. Combien de fois l’inénarrable Thierry Fréret a-t-il commis de « Qu’en sera-t-il ? » et d’« en revanche »1 ce matin sur I>Télé ? Nous sommes tous bien plus capables de nous en souvenir, hilares, que de nous remémorer ses savantes prédictions météorologiques. Il faut dire que l’intonation subitement traînante et l’œil gourmand, il nous offre alors ses récurrences avec plus de délectation que s’il devait nous faire la promesse d’un week-end radieux. A quoi peut tenir la fidélisation à une chaîne d’information ? Mais à un fou rire matinal comme à l’humour involontaire, voyons !

Thierry Fréret
Thierry Fréret. Les tics annoncés en rafale

La journée sera riche aussi de ces « hoquets » coupant les phrases pour les allonger interminablement et nous tenir en haleine. Combien de fois nous sommes-nous rongés notre frein devant ces interlocuteurs peinant à la tâche syntaxique, freinant dans la montée du verbe et nous infligeant du « disons… » en guise de virgule, plutôt que de dire précisément ce qu’ils avaient à énoncer. Nous nous rappellerons notre lassitude à devoir supporter les « Le premier Ministre à décidé de… disons… engager une réforme qui… disons… ». Eh bien, oui dis donc, et surtout ne vas pas t’en priver, le café va refroidir.
ticEt ne parlons pas des mots venus de nulle part et qui tardent à nous quitter : le « voilà » ou le « quoi », se voulant un point (« Je n’en revenais pas, quoi ! » ; « C’est tout le problème, ça, voilà ! ») ; les expressions « c’est clair » (pour toute approbation), « tu vois » et sa variante « si tu vois ce que je veux dire », tandis que nous sommes censés être toute ouïe. De manière synthétique, cela pourrait donner une fulgurance du type : « L’attitude de Marie est négative, c’est clair ! Mais elle est dans le déni, si tu vois ce que je veux dire« . Je n’ai rien observé et la situation demeure toujours aussi obscure… Mais la tendance privilégierait davantage l’usage du « moi ce que je dis, j’dis rien », signant intrinsèquement la vacuité du propos de l’émetteur et s’attirant invariablement et pour toute réponse : « eh bien continue » (à ne rien dire).
Sans même vous avoir demandé votre avis, on vous aura enfin imposé un « si tu veux » ou « si vous vous voulez », plus embrigadant qu’interrogatif, vous volant presque votre assentiment (« on va être un peu obligé de te licencier, si tu veux » – non, l’autre n’en a pas particulièrement le désir).

Mais nous sommes tous victimes de ces tics, par contagion, les contractant, les infligeant aux autres. Qu’en sera-t-il de notre fin d’une semaine bien maussade ? On nous annonce en revanche pour demain un temps ensoleillé.

Philippe Lachaise

(1) J’ai toujours pensé qu’il menait là une croisade aussi subliminale que voltairienne visant l’usage du « par contre »
Intéressante analyse des tics de langage sur le site de Psychologies

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s