Aide-mémoire de Socrate sur les savoirs et la connaissance à l’usage de la classe Terminale et des gouvernants

socrate
Socrate

Il y eut les présocratiques, et vint Socrate qui pourtant n’écrivit point. Selon mon philosophe contemporain de référence Leszek Kołakowski1 (1927-2009), déjà honoré dans ces pages, il posa les bases de la philosophie modernes pour n’être plus ensuite qu’imité et trahi.
En ces temps de bachotage pour les uns et de gouvernance pour les autres, on ne peut que retourner aux sources et retrouver dans cette fraîcheur les repères tranchants comme un scalpel qui définissent savoirs et connaissance, mais aussi ignorance et erreur. Le père spirituel de Platon détermine quatre type de relations aux savoir et à la connaissance :
1. Ce que l’on sait que l’on sait (ou qu’on croit savoir). C’est la célèbre ironie socratique mettant à mal ses interlocuteurs en démontrant que ce qu’ils prétendaient savoir ne reposait que sur des préjugés et autres idées sans fondements ; On peut faire face à de faux savoirs ici, à des projets mal maîtrisés, mal analysés là… Il se fit des ennemis jurés (on pense aux sophistes), d’autres aujourd’hui en maniant l’humour pour dénoncer la vacuité ou l’amateurisme d’une Loi, par exemple, feront grincer des dents.
Nous sommes ici dans le registre des croyances, des certitudes, parfois du dogme. La doxa n’est pas si loin.
2. Ce que l’on sait que l’on ne sait pas. Nous sommes ici dans le champ même de l’ironie socratique. Il faut relire Le Banquet, œuvre majeure de Platon. Plus près de nous et beaucoup plus simplement, le rire emprunte beaucoup à cet argument. Beaucoup plus sérieusement, et voilà quelques mois encore, le bilan de compétences permettait de poser un regard lucide sur ce point, afin de mettre en œuvre les moyens de passer un peu du point 2 au point 1. Mais ça, c’était avant…
platon3. Ce que l’on ne sait pas que l’on sait. Il me faudrait un espace bien plus large qu’ici pour évoquer cet art de la maïeutique, qui m’est aussi chère qu’au philosophe. Le terme fut judicieusement repris en obstétrique et cela n’est pas un hasard. Accoucher des idées ignorées, oubliées, enfouies… ou parfois, simplement, mal reliées entre elles pour en faire de réels savoirs. Outil pédagogique par excellence, la maïeutique peut aussi constituer une excellente méthode à qui veut laisser derrière lui la trace d’une Loi juste et efficace, répondant à l’intérêt du pays et des citoyens. La maïeutique n’est pas enseignée à l’ENA.
4. Ce que l’on ne sait pas que l’on ne sait pas. Ce sont les hautes sphères de la métaphysiques et de l’indicible (du sacré pour certains). On passe ici du Banquet à la République et à « l’allégorie de la caverne » : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux »…

Dans sa sagesse (dans sa part de folie aussi au cœur de sa sagesse ?), l’Athénien lancera que « la seule chose que je sais c’est que je ne sais rien »2. Aujourd’hui, il est permis de se tromper toute honte bue. Son nectar fut de la cigüe.

Philippe Lachaise

(1) Je n’oublie pas Camus. Nous reviendrons bientôt sur le mythe de Sisyphe et l’Homme Révolté
(2) La phrase sera reprise par Montaigne (et chantée par Gabin)

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