Quand Le Corbusier rêvait de Mussolini et d’Hitler

Winter, Lamour, ce sont des noms qui vous rappellent sûrement quelque chose ? Raté ! Le premier fut membre du Faisceau, le parti fasciste de Valois, avant d’animer avec le second le Parti Fasciste Révolutionnaire. Dans les années 20 et 30, ils furent de tous les combats et croisèrent la route d’un certain Charles-Édouard Jeanneret-Gris, alias le Corbusier. On les verra ensemble écrire dans des revues aux relents plus qu’incertains, à l’image de « Plans » ou de « Prélude » (avec François de Pierrefeu), mais aussi donner du bâton le 6 février 34 contre « la gueuse » à la Concorde. Winter éprouvait une telle amitié pour Le Corbusier qu’ils finirent par déménager dans le même immeuble.

Le Corbusier
Le Corbusier

Leur commune passion pour Mussolini ne les tint pas pour autant éloignés d’une ferveur évidente pour Hitler. Au moment où les Français tremblaient devant la menace des troupes allemandes, le futur célèbre architecte, fraîchement naturalisé français, écrivait : « Le nettoyage s’est fait d’un coup. Les homme sont intacts, disponibles. Renouvellement, balayage, nettoyage (…) L’argent, les Juifs (en partie responsable), la Franc-maçonnerie, tout subira la loi juste. Ces forteresses honteuses seront démantelées. Elles dominaient tout ».

Le Corbusier traversera une partie de la guerre à Vichy, dans les bâtiments de l’État français, avant de rejoindre Alexis Carrel, apôtre de l’eugénisme et partisan de « l’élevage des enfants en batterie » dès la naissance, hors de portée des parents. C’était avant que Malraux ne lui offre une virginité et une gloire nouvelle : la notoriété radieuse après des années moins glorieuses.

"Le Corbusier, une fascisme français", Xavier de Jarcy
« Le Corbusier, une fascisme français », Xavier de Jarcy

C’est une enquête aiguisée et très richement documentée que nous propose Xavier de Jarcy dans « Le Corbusier, un fascisme français » (éditions Albin Michel, 288 p., 19 €). L’auteur, journaliste à Télérama et spécialiste en design et architecture, tente de démontrer l’influence que l’idéologie aura eu sur l’art de Le Corbusier, à commencer par le « Plan Voisin », ce projet insensé qui voulait raser quatre arrondissements de Paris et restructurer la capitale pour en exclure aussi davantage ses plus indésirables.

Un ouvrage incontournable pour célébrer plus exhaustivement le cinquantième anniversaire de la disparition du « Fada ».

Philippe Lachaise

PS : lire à cet égard l’excellente chronique de Roger-Pol Droit (« Le Corbusier, un fascisme en béton ») dans les Échos

Voir aussi sur un autre sujet le blog de l’auteur, Xavier de Jarcy (« Tout Chose, le blog Mode et design », Télérama)

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