A l’écoute

J’y étais, en ce 11 janvier, clamant l’unité nationale, les principes républicains, la révolte face aux intégrismes, jouissant de la ferveur fraternelle, acclamant nos forces de l’ordre et m’étonnant d’un tel universalisme. Je n’étais pas (ô combien) là par islamophobie, n’en déplaise à Emmanuel Todd, et même si je n’apprécie pas qu’on lui fut procès alors que nous étions sur le Boulevard Voltaire quand le philosophe affirmait « je ne suis d’accord avec vous ni sur l’accessoire ni sur l’essentiel, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » (la citation apocryphe revient à Evelyn Beatrice Hall, je le sais, mais le résume), je retiendrai de la leçon du sociologue une certaine forme d’enfermement.

bise crsLa rapidité des flux de l’information, la capacité des chaînes à faire la lumière ici pour l’éteindre là avec autant de dextérité présente l’inconvénient de ne pas créer de perspectives, de liens et moins encore d’analyse. L’effet papillon n’a pas sa place sur I>Télé ou BFMTV, l’exigence de Beuve-Méry est mal à son aise entre une plage publicitaire et une séquence météo (ah les « en revanche » certes justes – toujours Voltaire –  mais envahissants et « qu’en sera-t-il » récurrents de l’inénarrable et béat Thierry Fréret, on n’écoute plus la météo, on guette le comique involontaire). L’actualité chasse une autre et l’émotion la raison, au gré d’exigences improbables, sans raison, sans lien, sans réelle cohérence.

Ainsi, quel lien y a-t-il entre votre compte gmail qui vous permet de vitupérer contre les libertés, vos applaudissements devant les CRS le 11 janvier et votre révolte face à » l’horrible loi liberticide » sur le renseignement ?

Si l’on applaudit notre police un soir d’euphorie, il ne faut pas lui jeter l’opprobre et encore moins lui reprocher de ne pas « suivre » assez des centaines de suspects djihadistes, sachant qu’il faut une vingtaine de fonctionnaires par suspect. Des moyens numériques sont alors suffisamment légitimes dès lors qu’ils sont encadrés légalement et strictement. C’est bien là que doit porter le débat, dépourvu d’angélisme. Bien sûr l’éthique doit être au cœur des enjeux, et la règle des effacements clairement établie. Les algorithmes mis en œuvre ne sont pas de nature à menacer l’intimité de notre vie privée (ce qui risque de faire dormir la DGSI), mais plus en situation de l’éveiller et d’éviter les râleurs perpétuels s’ils doivent lui reprocher ensuite ses éventuels manquements. On ne peut à la fois revendiquer la sécurité, reprocher les défaillances et s’époumoner sur une hypothétique atteinte à la liberté. Sauf à n’avoir pas bien digéré le 7 janvier, ni ses origines, ni ses enjeux. Ni à vouloir toujours se faire aisément peur ici et non pas là (pour hystériser ensuite).

googleVous pouvez m’écrire que j’ai tort, à travers votre compte Gmail : Google a reconnu exploiter vos données, avoir analysé vos courriels pourtant privés, collaboré avec les services de renseignements américains. En échange de services gratuits, vous n’avez déjà plus du tout de vie préservée : ce sont vos habitudes, vos correspondances, vos achats, votre intimité qui sont connus, fichés. C’est le moment pour vous de vous offusquer, par leurs outils, que nos policiers que vous applaudissiez le 11 janvier allaient pouvoir travailler de manière plus lisible et efficace. Il faut bien distraire nos amis américains en attendant le prochain drame.

Philippe Lachaise

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