Réforme de la formation professionnelle. Comme un goût d’amertume, M. Rebsamen

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Très Cher Ministre,

J’ai lu attentivement votre vibrante exhortation aux OPCA, comme des lendemains qui chanteront plus justes et des promesses d’une aube pleine de victoires. Merci pour ce baume aussi surréaliste qu’improbable après une réforme meurtrière que personne, vraiment personne, ne demandait.

Une vision
« le CPF piétine mais c’est parce que la réforme de la formation pro est profonde, qu’elle demande du temps ». Le temps des dépôts de bilan, des faillites, des indépendants sans travail et sans allocations. L’avis d’un ministre de l’Emploi créateur de chômage

Vous êtes, je crois, cher Ministre (je dis cher pour avoir eu bien des raisons de vous estimer a priori avant que vous ne sévissiez), un bien mauvais compagnon de route qui se présente rayonnant et toujours aussi impavide, presque marmoréen aux bâtisseurs de la formation. Celui qui, par ambition contrariée (vous n’étiez pas annoncé pour ce poste pour lequel vous n’aviez aucune prédisposition quand celui de l’Intérieur vous tendait les bras et vous ravissait), vient ruiner un monde de travail, de construction, d’échange, de transmission et d’énergie. A la différence d’Attila, l’herbe repoussera peut-être derrière votre passage.

Gloire au travail, Monsieur le Ministre ! Le nôtre vous semble-t-il à ce point inutile et oiseux que vous en organisiez le sacrifice ? Ce travail, ici et maintenant, c’est celui de l’entreprise, qui veut gagner son excellence en langues, en informatique, et à qui vous expliquez doctement, faute peut-être de disposer des bons viatiques, que cela n’est pas nécessaire et que la vérité est ailleurs. Qu’en ce monde, personne n’a besoin de maîtriser l’analyse des données, la bonne connaissance des tableurs, ni, comme vous en faites la démonstration confondante chaque jour, l’usage spécifique d’une langue étrangère. C’est là un jargon qui peut vous échapper pour n’avoir jamais travaillé au sein d’une entreprise, mais que connaissent bien les acteurs de la formation, au cœur et à l’écoute de ses besoins. Vous dispensez à votre faucheuse le secteur public (pourquoi d’ailleurs, on feint de se le demander pour ne fâcher personne) qui se perfectionnera toujours en langues et en bureautique : gageons qu’ainsi vos proches y trouveront le moyen de progresser et de vous aider à mieux comprendre les enjeux, pour commettre moins d’erreurs. C’est toujours cela de gagné et peut-être la promesse d’un espoir, s’il demeure un formateur à l’œuvre pour vous aider à progresser.

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Au temps au Rebsamen était promis au ministère de l’Intérieur, reconnu pour cette seule compétence

Gloire au travail, Monsieur le Ministre ! La transmission est une mission, que n’obère pas un compas figé sans raison dans l’œil. Monsieur le Ministre, il peut arriver que des hommes placent au centre de leur cercle l’impérieux devoir de transmettre (nous sommes beaucoup ici dans ce cas). Et qu’ils supportent mal que vos fadaises ou que vos fantaisies annihilent leur vie autant que leur raison de se lever le matin. Que des vocations soient saccagées sous l’autel d’un caprice, d’une velléité de réforme mortifère. Un suicide là, quelques milliers de dépôts de bilan ici, un idéal humaniste ou social ailleurs ravagés, ce sont des conséquences statistiques, monsieur le Ministre, nous sommes bien d’accord avec votre patente analyse et votre docte dessein. Enjambons le cadavre de la formation sans écouter, comprendre ni réfléchir, vive la (démocratie) sociale et foin des victimes !

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Le premier ministre de l’Emploi à avoir créé du chômage parmi ses hussards

Gloire au travail, à la formation et que vive l’emploi, Monsieur le Ministre ! 50.000 organismes de formation sont menacés de fermeture, 150.000 salariés et une centaine de milliers d’indépendants vont peut-être se retrouver sans travail, sans parfois même d’allocations et pour certains déjà confrontés aux affres du RSI. Vous avez commencé à plaquer à l’horizontale des hommes qui agissaient à la verticale, vous initiez du chômage là où il n’y en avait pas, là où personne n’était menacé, là où chacun honorait une authentique demande… Vous improvisez une crise quand l’économie ne la motivait cette fois pas. Pour avoir peut-être eu une bonne idée, je n’en disconviens pas, mais tracée sur une mauvaise planche, avec de mauvais outils. Avec peut-être des conseillers insuffisamment formés aux réalités de l’entreprise et des moyens pour analyser. Sûrement aussi, et parce qu’un tel phénomène est totalement inédit, vous vous préparez très probablement à vous faire enfin un nom : en étant capable, comme ministre de l’Emploi, de générer spontanément, volontairement et sans aucun motif économique, quatre à cinq fois plus de chômeurs potentiellement qu’Accelor Mittal sur le secteur dont vous avez la charge ! A sacrifier des hommes et des femmes qui ne faisaient que leur devoir. Voilà de quoi demeurer durablement dans les annales, à défaut des colonnes de Forbes.

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Les professionnels gémissent… mais espèrent en votre raison ou en votre départ.

Monsieur le Ministre, et puisque vous ne nous en laissez pas fondamentalement le choix, n’écoutez que vous surtout, poursuivez votre réforme insensée qui fabrique du chômage et broie les êtres, qui ne répond pas aux réels besoins des entreprises ni des acteurs d’un monde dont vous avez hélas la charge et qui nourriront bientôt Pôle Emploi et les statistiques du chômage au lieu d’accomplir leur mission. Monsieur le Ministre, vous avez oublié l’homme à tous les étages, de celui qui va apprendre à celui qui dispense, depuis votre conscience jusqu’aux nécessités de notre société. Vos motivations ne sont ni dans l’excellence de l’entreprise ni dans l’épanouissement de l’homme en son sein. Vous vous êtes juste oublié aussi, vous. Vous devenez, au risque de me répéter, un bien mauvais compagnon éphémère sur notre route. Et vous avez perdu la maîtrise de notre devenir à tous. Vous êtes comptable et responsable de ce que vos errances peuvent provoquer aujourd’hui sur le plan humain et la formation finira par porter le veuvage de votre action, quarante-trois ans après les espérances d’authentiques et respectables précurseurs, visionnaires et législateurs que furent en leur temps, Monsieur, des noms comme Jacques Delors et Jacques Chaban-Delmas.

Avec tout le respect du à votre fonction,

Philippe Lachaise

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